Le dernier dimanche du mois de mai, il était une fois, peut-être, la maison du Champ Drouet.
On se torture, on se griffure, on se traite, on bave (pas toi R.), on rechigne et parfois on rêve. On mange encore quelques avocats, mais on dévore surtout les fraises. Les lettres partent, les envois arrivent chez leurs destinataires, on prête attention à la météo. Si seulement nous savions lire dans les nuages… Un peu de sable chaud arrive. L’appareil photo déclenche vite. Croisons les doigts, maintenant.
3 ans déjà qu’A. est là. C’était juste une rikiki fête mais il fût bien gâté.
Et bientôt 1 an qu’on entend le chien des voisins, le soir, soupirer. Quelque chose comme un long gémissement, un son qui ne ressemble pas à grand chose, à peine à un vieux chien. Un bâillement extraordinaire, un dernier soubresaut avant un long sommeil. On n’a pas tout de suite compris d’ailleurs, ce bruit, lorsque tout est calme chez nous. Oui, parce qu’on a rarement entendu les voisins eux-mêmes, ils ne doivent pas se disputer beaucoup… Du coup, ce bruit, qui vient comme ça au milieu de notre discussion, qui nous arrête, ça nous fait rire. Toujours incongru, parfois inconvenant, oui oui, on n’arrive toujours pas à imaginer ce chien la gueule ouverte lançant son soupir dans le silence de la résidence. Un vieux petit chien qui jamais n’aboie.
L’autre midi, un jour que nous étions deux, influencée par Top Chef, faut se faire une raison, (bah oui, c’est fini depuis longtemps, pffffff, toquez-moi la tête) je nous préparais un petit tartare de maquereaux, avec les ingrédients de mon frigo. Au moins, c’est rapide, (même si, je le rappelle, on sait jamais, je n’ai pas de bons couteaux pour lever les filets.) La chair de poisson, mêlée à du fenouil blanchi auparavant, un petit oignon botte, un peu de citron, d’aneth, c’était parfait. Idéal pour me souvenir que la petite cuisine ça m’apporte beaucoup. Alors je lui ai préparé un joli fondant au chocolat, il m’a même aidé, qu’il a finalement à peine goûté vu son penchant favori pour les fraises. Nous l’avons apprécié à sa place.
O. marche et nous ravit tellement de sa présence. Elle cherche nos bras comme moi qui souhaiterait m’appuyer, le soir, sur des connaissances acquises, pas sur cette impression mouvante d’un chien qui bâille on ne sait pas à quelle heure. Je souhaiterai tout savoir pour le terme qui approche, pour ne pas me compliquer les sinuosités de mon cerveau. O. tête son doigt et parfois, à mes heures, je téterai bien le pouce.
Il me tarde de revoir ce petit garçon ! 4 mois, des regards et un joli minois. Une jolie séance dans sa maison en attendant que dehors la chaleur s’installe. Petit homme dans le cou de sa maman, ça ferait fondre n’importe quel œil derrière un objectif…
Le travail se corse, les ouvertures sont prometteuses. Même ici cela va changer, le projet se peaufine. Chut ! C’est pas encore pour tout de suite ! Sûrement un chouette mariage demain. Très bon week-end d’ascension !
Il y a longtemps, une plaie. Il y a peu, finalement, un pansement. Maintenant une cicatrice.
Y’a plus de place ! Plus de place pour se garer. Dans mon salon. Les petites voitures et les gros camions. Des tracteurs verts aussi. Près de la fenêtre. A côté des chaussettes grises. Elles sont propres, mais n’ont pas encore retrouvé leur place. Elles sont sur un garage. (une petite boîte en carton ^^). Puis il aligne ses véhicules en tout genre. A. n’aime pas se faire déranger à ce moment-là. Il s’étend au sol, de tout son long, on l’entend parler, les voitures roulent. Dehors, c’est le vélo qui avance.
Tandis qu’elle, lorsqu’on roulait pour les vacances, s’était endormie. Ses yeux frémissaient, son petit doigt se tendait, j’entendis un soupir. Elle rêvait. A son réveil, elle savait nous faire coucou. Elle a eu un an. Elle a encore tiré les cheveux d’A.
Les vacances furent profitables. Les valises rangées, on peut aujourd’hui penser au printemps qui prend ses marques, à l’été qui se profile, au travail qui s’intensifie. Je songe aussi à cette nouvelle marque.
On a écouté de la musique de François Couperin, un vinyl jamais écouté. Un son de clavecin. On a découvert l’un des motifs sonores de « la prochaine fois je vous le chanterai ». On a ri. C’était un samedi soir, il faisait encore froid. Un autre vendredi soir, j’ai vu Louis Garrel, mais je dis ça juste pour Delphine. Je me suis délectée des décors, des acteurs, de la main de R. Heureusement je n’étais pas enceinte, je n’aurai pas supporté la fumée des cigarettes. « Le Retour » de Harold Pinter a posé des questions sur la finalité de la pièce, sur ses personnages. R. cherche toujours à creuser quand pourtant il n’y a rien à déterrer, à mon point de vue. Je l’ai prise simplement, pour ce qui se passait devant mes yeux. Etrange, ou scandaleux, juste étrange pour moi, et surtout heureusement vue. Parce que j’y ai cru, entre des paroles un peu angoissantes et des actes absurdes.
Il n’a pas démarré son piaggio, son petit véhicule bien emmitouflé dans notre garage.
Il ne faisait pas chaud, juste les rayons du soleil qui frappaient le velux. A. avait les joues rouges au sortir de son petit sommeil. Il aime tant le bus Tayo que peut-être un jour, à son anniversaire, ce sera Tayo à ses côtés dans son lit. Tayo, il est sud-coréen, mais faut pas chercher. Nous avons tous adoptés ce dessin animé, pourtant on n’y comprend rien. (ou presque).
Quelques vacances arrivent, il va y avoir du travail après, bientôt !
Au-delà de moi, il y a ta gigoteuse qui te tient chaud la nuit. Il y a eu ton berceau, maintenant ton petit lit. Au-delà de mes bras, tu trouveras ceux de ton père, et aussi les mains de ton frère qui t’emmèneront jouer avec lui. Faire des bêtises également. Tu ries déjà. Au-delà de notre maison, il y a la garderie. Pleins d’autres enfants qui courent et qui mangent en même temps que toi. C’est une autre maison. Au-delà de ta poussette, lorsqu’on se promène, il y a les parcs, la mer, la plage. Bientôt tu pourras toucher l’eau de tes petits pieds. Regarder l’horizon sans même que je sois à tes côtés. Juste un peu derrière toi. Tu imiteras le vent, tu siffleras comme les oiseaux, je verrai peut-être que tu t’envoles, bien au-delà de moi. Petit à petit. Parfois seule, parfois avec ton frère, tu iras grimper sans l’aide de mes bras. Au-delà de nous il y a le ciel, la nuit qui arrive, les étoiles qui illuminent nos rêves. Au-delà de moi, il y a la voie lactée, et tout l’espace entre pour t’y trouver un endroit, pas tout de suite, pas demain, pas encore trop loin de mes baisers et ceux de ton papa.
Petit oiseau ne quittera pas son nid aujourd’hui. A nouveau une petite image de design. Présentoir à épices A di Alessi, baguettes pour débutants Rice.
Je ne suis pas encore retournée au cinéma, cela ne saurait tarder. J’ai eu un aperçu de carnaval, c’était bien, cela ne ressemblait pas à mon souvenir d’une journée un peu bizarre où on cherche à tout prix à s’amuser alors qu’on ne se sent pas du tout à l’aise dans cet espèce de déguisement, dans cette petite folie qui imprègne les gens réunis. Ok, c’était juste la classe de mon fils, et non je ne me suis pas grimée en sorcière. J’ai eu un moment difficile, et beaucoup de jolies lumières lors de mes dernières promenades. Mon appareil n’est pas toujours en bandoulière, oui, ce n’est pas bien. Je n’ai pas su choisir entre ces deux images.
Pour le plaisir, une petite fournée de la neige à St Malo.
On n’a pas mis nos cagoules trop longtemps, le soleil est revenu. Bientôt je pourrais dire au revoir aux maux de l’hiver ?
Août 2012. Retour sur un jour heureux.
Comme j’aime à les photographier. De temps en temps. Régulièrement.
Une simplicité enthousiaste et élégante. Du soleil, des rires, des tintements de verres, un beau oui, un coup de chaleur aussi. Oui, la photographe est souvent en plein soleil tandis que les invités se protègent à l’ombre. (( Cette année, casquette de rigueur ))
Mairie de Saint-Malo. Réception « Le petit moulin du Rouvre », Saint-Pierre de Plesguen.
Coco il a presque l’âge d’O. J’étais chez lui mais il n’a pas beaucoup souri. Il a regardé l’appareil, l’a sûrement trouvé un peu gros selon lui. Et il lui tournait beaucoup trop autour ! Coco, je te revois quand il fera chaud, on ira sur la plage faire de nouvelles photos. Il y aura encore des sourires, même s’il faut te chatouiller pour te les faire sortir.
Ici il y eut du soleil, il n’y en a plus. Je redécouvre les vacances scolaires. J’aspire à un peu d’air moins frais sur le bout de nez. Des jonquilles viennent égayer ma table. On se réconforte en mangeant quelques mangues, et en préparant quelques guacamoles simples. Un petit oignon, des avocats parfaits, un citron, de la coriandre fraîche. Les projets n’avancent pas assez vite. « Les misérables », en comédie musicale, c’est juste insupportable, déjà que c’est un peu affreux rien qu’en temps normal. Il me tarde de voir d’autres films.
Une fois de plus j’ai oublié mon téléphone dans la voiture. Une fois de plus elle a souri en regardant son père du haut de l’escalier le soir avant d’aller au lit. Elle a même ri. Non, j’oubliais, on ne va plus au lit ici, on va au dodo. Une fois de plus il a fait le café. Et pour une fois, il n’était pas bon.
Un soir de quiétude, je me suis dit que cet espace web n’était pas parfait, évidemment, loin de là, mais je recherche encore des idées. Puis je suis retournée à ma tasse vide, à ma liseuse et au roman de Hugh Laurie « Tout est sous contrôle » – faut croire que je suis super influençable – et j’ai mis « Latin lounge » dernier disque rescapé à la fois du déménagement et des mains d’A., bien qu’il ne me laisse jamais l’écouter. Ce n’était pas vraiment raccord à cette soirée calme durant laquelle les grippés se reposaient d’un sommeil partiel. Je crois même que le disque a sauté à un moment donné, sûrement un petit doigt gras l’aura quelque peu sali. Heureusement il y avait ce rythme qui m’a gardé les oreilles concentrées, quelques voix qui m’ont réchauffée. Alors je me suis rappelée cette dernière photo d’O. qui semble danser dans sa bulle. Une fois de plus, elle souriait encore ce jour-là. (Oui, j’aime bien photographier les bébés).